Le bout du tunnel

Par Jean-Claude Soudieux
 
Petit retour en arrière. Le 20 mars 2010, Sur la ligne de départ de l’Ecotrail de 80 km, une violente douleur au ventre m’assaille Thierry, traileur au départ de la course et aussi cardiologue, François traileur et aussi médecin m’assènent l’évidence, pas du tout évidente pour moi. Tu ne prends pas le départ, tu vas à l’Hôpital.
 
Cruel coup de pistolet, les coureurs s’élancent et les organisateurs appellent les pompiers.. A l’arrivée aux urgences de l’Hôpital de Versailles, la douleur est devenue insoutenable, les toubibs avaient raison.  Je suis encore affublé de mon dossard et de mon camelback quand l’urgentiste me prend en main. Je viens de passer brusquement de l’état de coureur à celui de malade. On m’équipe d’une sonde à demeure qui ne quittera qu’après un mois de vie commune. C’est mon entrée dans «  le tunnel ». ..
 
Conscient qu’une interruption trop longue d’activité se soldera pratiquement par une incapacité à reprendre la course à pied, je choisis de faire la  reprise le plus précocement possible. Le lendemain de l’ablation de la sonde, première sortie seul de 3 km, les jours suivants  5 km, puis un peu plus. Tentative de retour à l’entraînement au club. Incapable de suivre les plus lents, il faut renoncer et poursuivre la reprise en solitaire.
 
Participation aux 10 km de Rosny avec objectif unique de parcourir la distance et de terminer. Ce sera fait en 50 minutes sous l’œil inquiet de mes compagnons des FSGL. Course à la base de St Quentin en Yvelines, 18 km, même objectif : terminer. La fin sera bien laborieuse aussi.
 
Inscrit depuis longtemps à  Courmayeur Champex Chamonix 98km 5600 m de dénivelée, je me prends à rêver. Et si j’étais capable de quand même être au départ en fin Août. Pour cette raison, et pour tester, je m’engage à ‘l’Aubrac, sur la « petite » 46 km. Il est impératif  de  terminer sinon il serait illusoire de prendre le départ de la CCC. Une barrière horaire et ravitaillement sont situés à mi parcours. C’est là que j’arrêterai si nécessaire. Le début de la course est décevant, tout le monde me double, puis çà passe mieux. Au ravitaillement, de nombreux  coureurs sont là. Je pense que si les organisateurs m’éliminent, ils devront en éliminer bien  d’autres aussi. Donc l’aventure se poursuit. La deuxième moitié sera bien difficile, l’entraînement insuffisant se fait sentir d’autant plus qu’il fait froid, Il grêle avec le vent en pleine face. Apres des heures d’efforts, la ligne d’arrivée est franchie. L’objectif : test en vue de la CCC, sans être franchement concluant, laisse entrevoir la possibilité d’être au départ à Courmayeur.
 
Le retour en forme se précise, course après course. Une randonnée en groupe, avec de bonnes grimpettes à monter, dans les Alpes, trois semaines avant la course autour du Mont Blanc pour compléter la préparation. Je sens bien que quand même, je serai est un peu juste pour Courmayeur Champex Chamonix.
 
 
 
Le 28 Août, je suis fabuleusement reçu par le groupe des « Tontons Traileurs. Compte tenu des circonstances, je n’avais retenu aucun lieu ou gîter pour la course. Je m’incruste donc chez Marie Christine et François, un de ceux qui m’avaient « condamné à l’Hôpital le jour du départ de l’Ecotrail.
 
Le but est a priori à ma portée, terminer la CCC. Ce sera sans compter avec la météo.
 
A Courmayeur, au départ, ambiance des grands événements : hymnes nationaux des trois pays traversés Italie Suisse France, mais aussi de lourds nuages dans le ciel. L’apocalypse en montage est pour bientôt. L’entraînement trop court, la pluie diluvienne pendant des heures, la boue, trempé jusqu’aux os, je renonce en Suisse après 55 km de course, un peu avant que les organisateurs ne neutralisent la course pour raison de sécurité.
 
Je sais bien depuis des mois qu’en cas d’échec du traitement médical instauré depuis l’Ecotrail, l’intervention chirurgicale est mon épée de Damoclès au dessus de ma tête. En fin octobre, la sentence tombe, intervention décidée, par voie abdominale. Le passage dans le tunnel va se poursuivre..
 
Quatre jours après, c’est La Course des Templiers, 70 km, 3100 m de dénivelée, l’occasion d’un baroud d’honneur avant de traverser une période délicate. Parti très prudemment, je ne double le 1er V4 qu’entre les contrôles du  47eme et du 64emekm. et précède à l’arrivée, un Nordiste de Douai, de 18 minutes.
 
 
Encore un dernier défi m’attend, avant l’opération. La première place du challenge des Yvelines 2010 est à ma portée Il faut courir toutes les courses, tout en sachant que la récupération après les grands trails, est insuffisante. Il faut être calculateur en ce qui concerne les points à glaner et les efforts à fournir tout en étant fatigué. J’aurai tout le temps de me repose après….. Objectif atteint in extremis en décembre.
 
Le 9 janvier 2011, jour de l’hospitalisation, le matin un petit cross pour éviter de « gamberger » Premier de la catégorie, en battant au sprint un nouveau promu depuis quelques jours dans la catégorie. L’après midi, changement d’ambiance et de cadre : entrée à  l’hôpital. pour un séjour de 8 jours.
 
De retour dans mes pénates, il faut tout de suite et à nouveau relancer la machine pour espérer reprendre la course à pied. Marche d’abord, sur 800 mètres, puis 1 km et demi, Deux semaines pour être capable de faire un footing de 500 mètres. Tentative de reprise de l’entraînement au club. Impossible de suivre les plus lents. Franck se sacrifie pour m’accompagner, très loin derrière tout le monde. Progressivement la situation s’améliore. Deux mois plus tard, je  m’inscrits à la Chantelouvaine pour m’obliger à parcourir 15 km. Il me faudra 1h23 pour venir à bout de la distance.
 
 
En perspective encore lointaine, Guerlédan 58 km, 1600 m de dénivelée. Inscrit par le club, j’aimerais bien être capable de participer et de terminer. En guise de préparation, engagement à Issou sur le 36 km pour faire « du long » Parti très lentement en queue de peloton, je dois ralentir encore à partir du 20ème km. Arrivé parmi les tous derniers et bien fatigué mais objectif atteint. en 4h15. Quelques semaines plus tard, au Trail des cerfs, sur 35 km. C’est le scénario inverse d’Issou. Parti encore parmi les derniers, mais à partir du 20 eme km, je remonte de nombreux coureurs jusqu’à l’arrivée. Cette fois je sens que si la forme est encore balbutiante, elle revient. Le tunnel aurait il une fin. ?
 
 
 
Franck m’inscrit pour Villennes,. C’est l’inconnu, un 10 km, c’est rapide, mais cette fois çà passe », un temps proche de celui que j’avais fait deux ans plus tôt, le retour se précise.
 
Samedi 4 Juin. Le lendemain ce sera la Foulée Royale. Passant à la maison des Associations pour récupérer l’attirail du bénévole, je remarque dans la liste des inscrits, Jean François Tremel, venant de l’Essonne sera au départ. C’était mon coriace adversaire de nos belles années en V3. Il m’avait devancé à plusieurs reprises et avait eu l’outrecuidance de me battre le jour de mon anniversaire ! Une vieille rancune toute amicale .me motivait.. Une idée folle me traverse l’esprit. Et si je m’inscrivais sur place in extremis. Klaus m’attribue un dossard N° 72 comme le nombre de mes printemps. Jean François, je ne l’ai vu qu’après l’arrivée, nos temps comparés indiquent que j’ai bien pris ma revanche. Cette fois, j’entrevois nettement la fin du tunnel.
 
 
 
Guerlédan 58 km, 1600 m de dénivelée. La distance importante est là, la difficulté aussi. La pluie est notre compagne toute la journée. La course se déroule normalement, presque banalement. Les deux courses de 10 km des deux dimanches précédents, comme prévu, pèsent dans les jambes, Les 20 km qui précèdent la barrière horaire du km 52, sont bien difficiles. Il faut puiser dans les réserves. C’est le prix à payer pour mes deux folies, mais j’assume. Les 6 derniers km seront faits à un rythme bien tranquille Sûr de terminer, l’objectif est atteint. Il faut juste surveiller qu’une tête trop chenue pouvant faire suspecter un V4 ne me rejoigne. Je termine en 9 h juste. Le temps n’est pas fabuleux, mais de nouveau je suis capable de courir une épreuve longue et difficile.
 
 
 
 

Sur le podium, l’organisateur met en exergue mes participations aux Templiers et mes deux premières places V4 sur cette course. Cette fois c’est vraiment la fin du tunnel, Je suis redevenu un coureur normal.

J’ai maintenant un bel avenir derrière moi, raison de plus de savourer le plaisir de courir encore à l’entraînement ou en compétition, avec le merveilleux  privilège que ma carcasse me le permette encore. Il sera bien temps après de prendre ma retraite.

 

 
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